Le syndrome « Allende* » au cœur des relations entre la Gauche et la haute hiérarchie militaire ? (Par Renaud Marie de Brassac)

Certes le monde a bien changé depuis 1981. Souvenons-nous qu’à l’époque, la menace soviétique avait conduit plus d’un à s’interroger sur les risques encourus pour la défense de la France, du fait de la présence de ministres communistes dans le gouvernement de l’union de la gauche.

C’est ainsi que les chefs d’état-major se sont réunis en secret pendant un temps. François Fillon, premier ministre l’a raconté devant l’IHEDN en 2009 :

« J’ai été élu parlementaire en 1981. Je reconnais que c’était une période un peu particulière, mais en 1981, les chefs d’état-major n’avaient pas le droit de venir devant les commissions parlementaires. C’était interdit, au moins pendant les premiers mois. Après, ça s’est détendu. Et pour que l’opposition rencontre les chefs d’état-major, nous organisions des rendez-vous secrets- ce qui veut dire d’ailleurs que déjà les chefs d’état-major désobéissaient -, et nous nous rencontrions dans des appartements privés où chacun venait en civil ». (Discours de M. François Fillon, Premier ministre devant l’IHEDN – 6 février 2009).

Lors de l’élection de 1988, 45 officiers généraux, dont trois anciens chefs d’état-major, au mépris de leur devoir de neutralité, avaient même lancé un appel à voter pour Jacques Chirac lors de l’élection présidentielle. Le ministre Jean-Pierre Chevènement, après la réélection de François Mitterrand, s’était contenté de leur adresser un courrier de mise en garde.

Personne n’a jamais suspecté la haute hiérarchie militaire d’avoir une dilection pour la gauche. A titre illustratif, l’Amiral Pierre-François Forissier, ancien chef d’état-major de la Marine, va être candidat aux législatives de juin comme suppléant de Brigitte Mélin (UMP), à Lorient, dans la cinquième circonscription du Morbihan.

Dès lors, on peut s’interroger sur le sens à donner au « remaniement limité » à la tête des armées annoncé par Jean Guisnel dans un article paru le 7 mai sur son blog du Point.

Est-ce pour se donner du temps ou pour ménager la haute hiérarchie militaire ? Est-ce pour éviter que les chefs d’état-major ne se réunissent de nouveau en catimini comme leurs aînés de 1981 ?

En tout cas, il est probable que ces faits et ces interrogations ont dû traverser, à un moment ou à un autre, l’esprit du nouveau chef des armées, M. François Hollande, deuxième président socialiste de la 5ème République, qui va entrer en fonction, mardi 15 mai 2012.

*Président du Chili élu démocratiquement et renversé par le coup d’état du général Augusto Pinochet

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