Ce que j’ai retenu d’un après-midi de procès (Par le colonel e.r Jean-Michel Méchain)

Note de l’Adefdromil : Le colonel de gendarmerie Jean Michel Méchain, auteur du livre « Qui veut la peau du colonel ? » (Editions La table ronde) a assisté  à l’audience du 4 décembre après-midi lors de laquelle ont été entendus Madame Michèle Alliot-Marie, les généraux Poncet et de Malaussene. Il a bien  voulu nous livrer ses impressions quelque peu ironiques.

 

De la part du général Poncet :

–     Les unités du COS doivent être engagées sur le théâtre y compris dans les zones où les forces amies exercent leurs missions sans que la hiérarchie de celles-ci en soit prévenue. Au service du seul commandant de théâtre. Elles agissent à son seul profit et lui rendent compte du résultat de leur mission. La mission est par nature confidentielle et doit rester inconnue des non-initiés.

–     Certaines unités n’appartenant pas au COS, mais aux forces opérationnelles peuvent, en opération, être en prise directe avec le commandant de théâtre si l’action le justifie. Dans ce cadre, le commandant de théâtre peut donner directement des ordres d’exécution  de la manœuvre. Il appartient aux destinataires des ordres de rendre compte à leur chaîne hiérarchique opérationnelle, le commandant de théâtre pouvant se dispenser de l’informer y compris a posteriori.

–     Les ordres ainsi donnés et les comptes-rendus effectués par les unités concernées ne doivent pas faire obligatoirement l’objet d’une traçabilité, ni sur leur survenance, ni sur leur contenu.

–     La lexicologie des termes militaires n’est pas une exigence opérationnelle. Elle est réservée aux exercices de formation. Les généraux « lettrés » sont, en toute hypothèse,  très au-dessus de tels concepts.

–     La connaissance du droit est une matière qui exige beaucoup de concentration pour un général et nécessite pour une maîtrise encore imparfaite, mais élémentaire, plusieurs années de travail et des expérimentations de théâtres sans que le sujet soit réellement appréhendé. On observe un progrès substantiel néanmoins après 12 ans d’effort, dont sept années d’études intensives

–     L’expérience donne au général une humanité croissante qui le conduit en quatre ans à passer des méthodes calquées sur la bataille d’Alger à demander à ce qu’un coupeur de route en zone opérationnelle ayant tiré sur les forces françaises et ayant été blessé par un tir de riposte soit :

   Transporté avec prudence pour éviter les accidents susceptibles de rajouter à ses souffrances, car les routes sont dangereuses en Côte d’Ivoire ;

   Transporté doucement pour éviter de le faire crier de douleur;

   Conduit au poste médical, pour être ensuite entendu ;

   Retenu tout en étant soigné avec attention en vue d’une audition pendant quelques jours par les forces ;

   Remis aux autorités de justice compétentes qui devraient être mieux….

Remarque : La progression sur ce sujet du général est telle en huit ans que sa reconversion en deuxième section dans l’action humanitaire peut être utilement envisagée.

–     Les connaissances approfondies résultant de l’expérience en matière de stress psychologique obligent le commandant de théâtre à donner des ordres implicites, afin de ménager les subordonnés engagés en situation opérationnelle.

–     L’expérience acquise par un général ayant participé à de multiples opérations toniques, ayant commandé le COS, ayant prôné des actions type bataille d ‘Alger sur un théâtre, le conduit à s’opposer à la pratique de la technique dite de la diligence, car non conventionnelle et donc susceptible de fausser les codes de bonne conduite  avec l’ennemi.

–     Le commandant de théâtre ne peut être pris en défaut, car il est le commandant de théâtre, de plus il a une vue claire qui résulte de son expérience et de ses qualités propres, dont l’amnésie sélective qualité supérieure discriminante, car réservée aux hauts états-majors.

–     L’action opérationnelle exige une obéissance absolue, mais sans mettre son cœur dans l’ouvrage, car la mission est un passage dans la carrière du militaire.

–     Le stress de théâtre peut conduire à un décrochage du sens moral pour les militaires engagés sur le terrain dans l’action. Le commandant de théâtre, commandant l’action, est par nature protégé d’un tel risque.

–     On ne peut donner un ordre illégitime ou illégal, en particulier si l’on ne connaît pas bien celui à qui on le donne, et en toute hypothèse ce qui n’est pas bien et ni autorisé.

De la part du général de Malaussene :

–     Bon sang ne saurait mentir

–     L’épreuve grandit

–     Les généraux de l’élite, à distinguer des autres qui font masse, formant une coterie se méfient les uns des autres, voire plus. Dans l’intérêt de la coterie si l’un est jugé « à risque » dans une opération, on le dit à ses pairs de grade pour que cela ne lui nuise pas et éviter que ces derniers ne comprennent pas sa singularité. En effet la valorisation de la coterie est le but ultime.

–     Les amitiés entre généraux peuvent avoir une exception qui est une singularité quasi darwinienne, mais dont l’espèce ne semble pas vouée à une grande expansion.

–     Le copinage est au coeur de la gestion des officiers généraux. Son importance est telle que cela peut conduire à protéger ses amis tant que le risque est supportable par la coterie.

–     Lorsque le risque est trop grand l’étape suivante consiste à rédiger des rapports d’enquête incomplets pour limiter la casse.

–     Lorsque ce n’est vraiment plus possible, la coterie s’aligne sur le sens du vent en y rajoutant si nécessaire pour préserver les apparences, et  en protégeant le perdant en sous-main pour qu’il ne bave pas.

De la part de madame Alliot-Marie :

–     Ce n’est pas bien, mais c’était dur.

–     La femme politique est  importante et le sait, surtout pour elle.

–     La femme politique a des idées claires, mais ne se rappelle pas de tout.

–     Les officiers de théâtre sont choisis par le CEMA. Les militaires se choisissent entre eux, car nous les « Politiques » on gouverne. Le général Poncet est donc le fruit parfait d’une sélection minutieuse par ses pairs.

Les accusés.

–     Colonel Burgaud :

Un chef peut devenir digne et vouloir le rester.

Un général commandant de théâtre peut dissimuler ses vraies « compétences » à ses subordonnés.

–     Les autres :

Les exécutants peuvent juger avec pertinence que la hiérarchie est à vomir.

Les exécutants sont toujours au premier plan…

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