Afghanistan : lendemains de retrait (Par Nathalie Guibert)

L’heure du retrait d’Afghanistan a sonné pour l’OTAN. Pour les armées occidentales engagées dans ce pays, c’est une période très difficile qui s’ouvre. Cela vaut pour l’armée française, 3 600 soldats et gendarmes déployés seulement, comme pour ses homologues, britannique (9 000 hommes) et américaine (90 000), pour qui, après la dureté des combats, le défi de la réadaptation à la paix sera tout aussi considérable.

Le paradoxe n’est qu’apparent. En France, la guerre a, depuis dix ans, redonné tout son sens à l’outil militaire, en motivant ses troupes et en préservant ses moyens. De ce point de vue, l’opération en Libye fut un épisode très important pour une armée de l’air amputée d’un tiers de sa flotte de combat depuis 2008.

Dans les montagnes afghanes, l’armée de terre fut la plus impliquée. Elle a, par rotation successive, fait partir tous ses régiments, quelque 60 000 militaires au final. « Elle va se retrouver sans opérations extérieures. Il va falloir retrouver la patience, c’est compliqué pour une arméeprofessionnelle », souligne un général. L’Afghanistan fut l’occasion d’une remise à niveau. Après l’embuscade d’Uzbin, qui a tué dix hommes en 2008, les troupes ont été mieux équipées et préparées. Sur la période, des matériels modernes, certes programmés depuis longtemps, sont arrivés. La médecine du champ de bataille a été réorganisée. Tout un système s’est mis à pivoter autour de cette mission lointaine, mais prioritaire.

« C’était LA mission. Nous allons entrer dansune période grise », estime le colonel Michel Goya, directeur d’études à l’Institut de recherche de l’école militaire. Selon lui, « la gestion morale du retrait devra être fine. Le résultat obtenu en Afghanistan ne parle pas de lui-même. Il faut donc qu’un récit politique puisse dire que la mission est accomplie et que les soldats rentrent en vainqueurs, pour ne pas leslaisser dansl’amertume ou le sentiment d’être oubliés ». L’amertume, ou pire :« Nous aurons à gérer nos « afghantsys » comme les Russes appelaient leursanciens combattants », ajoute le colonel Goya.

Le premier enjeu, pour l’armée de terre, est de conserver une capacité d’attraction. Il lui faut séduire chaque année environ 20 000 jeunes, à 70 % recrutés comme contractuels en service court. Le nombre de postulants demeure suffisant, mais il est surveillé de près avec 1,8 candidat par poste d’engagé volontaire. Pour ces soldats, l' »opex » (opération extérieure), c’est aussi l’aventureet la promesse d’une très bonne solde. On a vu des régiments, juste revenus d’un mandat éprouvant, soulagés d’apprendre qu’ils étaient de nouveau sur la liste, pour une prochaine « opex » au Liban ou ailleurs.

Il faut aussi fidéliser. Une génération de jeunes officiers a trouvé son compte dans la période récente, en prenant des responsabilités de commandement plus lourdes que leurs aînés. Aujourd’hui, beaucoup vivent une certaine désillusion. Car la réforme des armées, avec ses 54 000 suppressions de postes, réduit les débouchés hiérarchiques. Les derniers engagements extérieurs – Afghanistan,Libye, Côte d’Ivoire – ont pu faire oublier cette réalité.

Le deuxième enjeu est budgétaire. La guerre a permis de démontrer l’utilité de certains matériels. Accessoirement, le « combat proven » (testé au combat) est excellent pour les ventes d’armes. L’opération libyenne, « un Salon du Bourget ! », avait critiqué un haut gradé italien. L’inquiétude est majeure : la loi de programmation en cours n’est, comme les précédentes, pas respectée, et certaines sources attendent des coupes au-delà de 10 milliards d’euros pour les trois années qui viennent. Pour l’armée de terre, jugée moins technologique que les autres, la préservation des moyens n’est pas acquise.

La prochaine guerre, tel est donc le troisième enjeu, si l’on admet qu’un….

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