L’affaire Mahé suscite des témoignages de l’époque de la guerre d’Algérie. L’Adefdromil a recueilli les propos d’un officier de gendarmerie.
On reste toujours marqué par le souvenir de ses premières expériences.
Alors que j’étais jeune lieutenant de gendarmerie en Algérie, j’ai reçu pour mission d’enquêter sur le meurtre de l’auxiliaire de gendarmerie H dans un douar sur les contreforts du Djurdjura en Grande Kabylie.
J’y ai débarqué en hélicoptère. Je n’étais manifestement pas le bienvenu : « vous venez nous tirer les vers du nez » ! C’est ainsi que j’ai été accueilli dans une ambiance hostile.
Dans le douar stationnait une section du Xème BCA, commandée par un adjudant.
H avait été tué à coups de crosses et à coups de pied. Pourquoi et par qui ?
Lors de mes investigations, je suis parvenu à me faire ouvrir une pièce fermée à clé dans un des bâtiments.
Et là, stupeur ! Deux femmes y étaient enfermées sans eau et sans nourriture depuis 48 heures. La plus âgée, s’est jetée à mes pieds et les a embrassés. C’était la mère de H. L’autre, plus jeune, était sa fille, qui avait été violée par les 28 hommes de la section. Un médecin militaire présent constata l’agression sexuelle.
Il fallut néanmoins l’intervention du chef de corps, le chef de bataillon V, qui donna l’ordre à un officier de parler, pour comprendre ce qui s’était passé.
L’histoire était simple. Sous la responsabilité du chef de section, les deux femmes avaient été réduites en esclavage. Et lors d’une permission, H ayant découvert l’infamie, avait protesté vigoureusement. Il avait alors été tué sur le champ.
Le chef de section fut condamné à plusieurs années de prison par un tribunal militaire. Sans doute trop peu à mon avis, par rapport à la sauvagerie du meurtre et à la bestialité des viols.
Je me félicite d’avoir pu mettre fin à la séquestration de ces deux femmes. Mais, je conserve de cette histoire la honte diffuse que des soldats de l’armée française aient pu se livrer à de tels actes.

