Une simple soirée de « transmission des valeurs et des traditions de l’école », et l’accident bête. Voilà la version officielle, après la noyade du jeune élève officier de Saint-Cyr, mardi 30 octobre.
La réalité est un peu différente et encore plus bête. Jallal Hami, sous-lieutenant de 24 ans, n’était pas un élève-officier ordinaire. Recruté à bac+5 par la DGSE, notamment pour le service Action, il se trouvait à Coëtquidan depuis juin avec un groupe de 25 autres brillants sujets, dont deux avaient déjà jeté l’éponge. L’équipe faisait en quelque sorte ses classes à Saint-Cyr, pendant un an, avant d’aller sur le terrain barouder pour de vrai.
Exception faite de la seule fille de la bande – preuve que la hiérarchie savait qu’il ne s’agissait pas d’une promenade de santé – tous avaient été invités à participer à ce bizutage destiné aux petits jeunes. Ils étaient très nombreux à surnager dans l’eau glacée, à minuit passé, en treillis, avec un casque de 1 kilo sur la tête et des rangers aux pieds. Un équipement à faire couler un maître-nageur. Le tout sans lumière. C’est tellement plus rigolo dans le noir…
Se sentant attirés vers le fond, plusieurs apprentis Rambo ont tenté de faire demi-tour, gênant du coup, ceux qui venaient de se jeter à l’eau. C’est cette cohue qui a provoqué le drame. Aux gendarmes chargés de l’enquête judiciaire, un compagnon de Jallal a raconté qu’il n’avait du sa propre survie qu’à une bouèe. Mais pas à l’aide d’un supérieur: il n’y avait pas un seul officier sur place. Repos!
Source: Le Canard enchaîné n° 4802 du 7 novembre 2012
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