Deux attaques à main armée en 24 heures dans l’agglomération marseillaise en début de semaine. Deux malfaiteurs tués et un policier gravement blessé. Un point commun entre ces deux faits divers, l’arme employée. Des fusils d’assaut de type kalachnikov. Les plus répandus au monde. Une arme de guerre d’origine soviétique éprouvée par les guérillas du monde entier, prisée par les terroristes et les mafias. En France, cette redoutable pétoire du 20e siècle, autrefois l’apanage des braqueurs professionnels, est désormais aussi entre les mains de délinquants et de trafiquants de moindre envergure. Car les malfaiteurs qui ont ouvert le feu sur les policiers dans la nuit du dimanche 27 novembre au lundi 28 novembre n’étaient pas des professionnels aguerris, mais des petits voyous inexpérimentés qui braquaient sans méthodologie un supermarché et un magasin de bricolage. Un grand écart entre les armes utilisées et un butin dérisoire, composé notamment de produits alimentaires surgelés. La kalachnikov ou l’arme de la misère et des grands crimes…
MAFIAS D’EUROPE ET D’AILLEURS
Le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, pointe une « généralisation des kalachnikovs » qu’il faut « éradiquer du circuit ». Le « circuit » évoqué puise sa source dans les Balkans. Depuis la chute du mur de Berlin et la disparition du monde bipolaire, les stocks d’armes soviétiques irriguent les mafias d’Europe et d’ailleurs.« L’arc balkanique, où règne depuis longtemps la ‘gun culture’ et où les hommes conservaient à leur domicile leur arme de dotation après leur service militaire, a donc connu une forte multiplication des filières d’approvisionnement dans les années 1990″, a écrit l’officier de gendarmerie Jean-Charles Antoine dans la revueQuestions internationales. Et ce doctorant en géopolitique d’ajouter : « Ces filières se sont internationalisées et certaines de ces armes ont été retrouvées dans les milieux criminels de France, d’Allemagne ou des Pays-Bas ».
La libre circulation dans l’Union européenne a naturellement profité à ces trafiquants qui transportent les armes le plus souvent par la route. « On n’est pas sur des gros trafics de milliers de fusils d’assaut trafiqués dans des sortes de go-fast de kalachnikovs », tranche un policier en exercice. « Cela peut être un émigré de retour dans son village pour l’été, qui ramène sur le territoire français une ou plusieurs kalachnikovs pour la vente. Bien sûr, il y a des réseaux très structurés »,ajoute-t-il. Ce qui complexifie le travail d’enquête, d’identification et d’interception des policiers français.
« PILLAGE DES ARSENAUX LIBYENS »
Pour le criminologue Alain Bauer, la France connaît sa troisième vague d’importation illégale d’armes de guerre. La première remonte à la période de la Résistance avec une partie de l’armement ensuite récupérée par le grand banditisme. Il explique la suite : « Après le pillage des arsenaux albanais dans les années 1990, qui marque une profusion de la kalachnikovs, on assiste aujourd’hui au pillage des arsenaux libyens depuis la chute de Mouammar Kadhafi », observe cet expert.
Ces kalachnikovs libyennes sont en fait des copies chinoises importées en son temps par Kadhafi et aujourd’hui écoulées par des trafiquants en Europe et en Afrique.« On en trouve de plus en plus en France et elles sont vendues à moins de 1 000 euros », indique M.Bauer.
Depuis l’effondrement de l’URSS, les voyous français n’ont plus vraiment de mal à se procurer des kalachnikovs, rapportent les spécialistes. Un avocat partage sa surprise lorsqu’un de ses clients lui a confié sa méthode pour s’en procurer : « Il avait acheté sa kalachnikov sur un site Internet russe qui livre en pièces détachées et en plusieurs paquets envoyés à intervalles irréguliers. » Cette arme est aussi réputée pour sa simplicité mécanique et sa facilité à être démontée.
400 À 500 EUROS, VOIRE LA MOITIÉ POUR LES KALACHNIKOVS CHINOISES
En France, une kalachnikov déjà utilisée se négocie entre 400 et 500 euros. Neuve, le prix se situe autour de 2 000 euros. Mais l’apparition récente de…
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