Avant les 9e Universités de la Défense, Gérard Longuet, le ministre de la Défense, a accordé une interview à Ouest-France. Voici l’intégralité des propos du ministre.
Même si les opérations ne sont pas terminées, quel bilan peut-on tirer de l’intervention militaire française ?
Cette opération dont le succès militaire est maintenant avéré est remarquable à plus d’un titre. Tout d’abord nous avons pu obtenir du Conseil de sécurité de l’Onu le cadre légitime de l’action pour venir en aide au peuple libyen martyrisé. L’effort réalisé dans le domaine du renseignement et de l’anticipation, associé à la réactivité de nos forces aériennes, ont permis d’éviter le massacre de Benghazi dès le 19 mars, puis, en coalition, de stopper l’offensive vers Misratah, lever la pression sur le Djebel Nafoussa et porter des coups significatifs au potentiel des FpK.
Ces succès ont été rendus possibles grâce à la combinaison des actions militaires et diplomatiques. La flexibilité et la réactivité de notre outil de défense associé à la constance dans l’engagement nous ont permis de prendre l’initiative. Nos moyens militaires ont été utilisés en soutien et en appui des forces insurgées, dans le strict respect des choix de leurs organes représentatifs.
La coordination avec les pays de la coalition et les organisations internationales a été également un succès, l’organisation du commandement opérationnel a été très efficace. Je retiens la nécessité que dans ce genre d’opération multinationale en coalition, il faut un ou deux pays capables, grâce à leur statut diplomatique et leurs moyens militaires, de prendre l’initiative et d’entraîner leurs partenaires. Je regrette que l’UE ne soit pas intervenue dès le début des opérations, cela montre que les Européens doivent encore renforcer une vision stratégique commune. Mais je me félicite du leadership qu’ont pu exercer deux nations européennes, la France et le Royaume-Uni, au sein d’une opération conduite, remarquablement, par l’OTAN, avec le soutien de plusieurs de leurs partenaires de l’Union européenne et de nations arabes. Enfin, je tiens à souligner que le conflit Libyen a remis en évidence l’intérêt de pouvoir agir directement à partir de nos bases du territoire métropolitain, une hypothèse que nous avions perdue de vue.
Concernant les forces au sol, je confirme que la France n’a déployé que quelques conseillers militaires qui ont aidé les forces du CNT à se former, protégé notre représentant auprès du CNT et confirmé les informations pour notre aviation. Enfin, les armées françaises restent disponibles pour fournir une assistance technique aux forces libyennes dans la mesure où les autorités libyennes en exprimeront le besoin.
Le Président a annoncé un retrait progressif. Où en est-on de la planification de ce retrait ? Y-a-t-il un échéancier ?
La transition, qui consiste à transférer la responsabilité de la sécurité aux Afghans, durera jusqu’en 2014. Selon nous, la Surobi remplit les conditions. Si la décision de son transfert est prise par le président Karzaï, nous pourrons nous concentrer sur la Kapisa.
Dans ce contexte, le Président de la République a annoncé un mouvement de retrait d’un quart de nos effectifs d’ici la fin de 2012, soit 1 000 hommes, dont une première tranche dès la fin de cette année. La deuxième étape de notre retrait démarrera avant la fin de 2013 en vue de s’achever au plus tard en 2014, ce qui marquera la fin du processus de transition.
La mission du CEMAT, le général Elrick Irastorza, en juillet dernier, nous a conduit à adapter certains modes d’action et a confirmé que nos militaires étaient bien préparés et équipés pour la mission.
Le poids de la dette et la décision de réduire les déficits vont avoir un impact sur les Armées. Va-t-il falloir envisager une réévaluation, voire une réduction, des moyens humains et matériels ?
La Défense représente de l’ordre de 10 % du budget de l’État, elle ne peut donc s’exonérer totalement des économies demandées. Elle les a d’ailleurs largement anticipées en réduisant ses dépenses de fonctionnement et en programmant une baisse importante de ses effectifs de plus de 17 % entre 2007 et 2015. Pour autant, il faut préserver au maximum notre effort d’équipement en raison des besoins de nos armées et de son impact sur l’économie nationale. C’est la raison pour laquelle la Défense a joué un rôle très important dans le plan de relance de l’économie en 2009 et 2010 afin d’atténuer l’impact de la crise. L’Ouest de la France en a été bénéficiaire avec, par exemple, la commande anticipée d’un bâtiment de projection et de commandement, le Dixmude, construit aux chantiers navals de Saint-Nazaire. Cette stratégie n’est pas remise en cause par les récents arbitrages sur le budget de la Défense pour 2012, puisque nous prévoyons 16,5 milliards d’euros au profit des équipements en 2012 contre 16 milliards en 2011.
Le recours à des prestataires privés n’est pas nouveau ; c’est même une tendance qui se confirme en France au sein des Armées. Après plusieurs rapports (SGDSN, Cour des comptes, Parlement), où en est la réflexion ?
Ma démarche dans le domaine de l’externalisation est pragmatique. Les projets ne concernent pas le cœur de métier, c’est-à-dire l’opérationnel et l’usage légitime de la force. Les contrats d’externalisation doivent générer des gains financiers récurrents, garantir une bonne qualité de service et préserver l’intérêt des personnels qui assument la fonction en régie. En 2011, nous avons ainsi externalisé la fonction alimentation sur huit sites, signé un contrat multiservices sur la base aérienne de Creil, et deux contrats de partenariat public privé, portant l’un sur le regroupement de l’administration centrale du ministère sur le site de Balard à Paris et l’autre, très récemment, sur la rénovation et l’exploitation de réseaux informatiques des bases de l’armée de l’Air. Pour 2012, nous avons un important projet d’externalisation de la fonction habillement. Ce mode de gestion progresse donc à son rythme mais n’est pas une fin en soi.
Quel est l’avenir des bases de défense que vous avez commencé à visiter : leur nombre est-il adéquat, les économies annoncées se sont-elles concrétisées ? Est-ce que l’effort de rationalisation engagé depuis deux ans est satisfaisant ?
Effectivement,….
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