Cette affaire politico-médiatique a beaucoup terni la Présidence de F. Mitterrand. Elle en est même symbolique.
Pour ceux qui en ignorent les tenants et les aboutissants, rappelons qu’elle débute le 28 août 1982 et résulte à l’origine d’un montage judiciaire grossier organisé par l’inénarrable et jamais condamné (à ce jour) Capitaine Barril, qui récupéra des armes et des explosifs chez un intermédiaire pour les placer à Vincennes dans un appartement occupé par trois Irlandais, membres de l’INLA, un groupuscule terroriste de la mouvance irlandaise. L’opération avait pour but, après l’attentat de la rue des Rosiers commis en plein Paris le 9 août 1982 (3 morts et 24 blessés à la suite d’une fusillade perpétrée probablement par des extrémistes de la cause arabe), de démontrer l’efficacité de la cellule élyséenne créée à la suite de la mission confiée le 17 août suivant à Christian Prouteau.
Pour donner une apparence de légalité à cette manipulation, il fallait un directeur d’enquête, assimilé par Prouteau et Barril à un simple greffier, qui devait tout ignorer et simplement constater. C’était Jean Michel Beau, alors chef d’escadron, qui eu le tort de ne pas être en permission ce jour d’août 1982 et que Prouteau avait contacté quelques temps plus tôt en prévision de l’opération et auquel il avait fait miroiter l’opportunité de mettre en avant ses connaissances et son expérience dans la direction des enquêtes judiciaires et la procédure pénale.
Les invraisemblances du montage débouchèrent ensuite sur la prétendue nécessité d’arranger la vérité, pour sauver l’image du Président, celle de la gendarmerie, et tout un tas d’autres bonnes causes. En fait, cette pseudo raison d’état fut surtout exploitée pour sauver la position sociale de Prouteau et de sa fine équipe. Le montage grossier fut vite éventé et donna lieu à deux procès pour subornation de témoins (en juin 1991 devant le TGI de Paris, puis en janvier 1992 devant la Cour d’Appel). Beau y fut condamné, mais sa peine fut amnistiée. Quant à Prouteau, il fut relaxé en appel.
Jean Michel BEAU, fils de général, frère de magistrat, a laissé sa carrière dans cette affaire, puisqu’il décida sous la pression de quitter l’institution début 1988 avec le grade de Lieutenant-Colonel, conféré à l’ancienneté et dont l’honorariat lui a été concédé par la suite en septembre 2005.
Mais, il a puisé dans l’affaire une soif inextinguible de vengeance et de vérité qui le conduit à reprendre l’ouvrage déjà publié en 1989 sous le titre « L’honneur d’un gendarme » et à le compléter avec les révélations résultant de l’affaire des écoutes illégales mises en place par la cellule élyséenne, nouvelle affaire impliquant les pieds nickelés de la cellule jugée en appel en 2007.
Seul ou presque face à l’appareil d’Etat dévoyé par une équipe de gens douteux, il ne cache rien de ses déprimes, de ses investigations personnelles, des turpitudes de certains magistrats. Il sait vulgariser les aspects techniques et juridiques des dossiers sans lasser le lecteur. L’ensemble est passionnant et se lit d’une traite ou presque.
C’est un ouvrage à détenir et à lire par tous les militaires qui peuvent être confrontés au cours de leur carrière à des situations difficiles.
Les gendarmes y trouveront de nombreux détails techniques relatifs à la conduite des enquêtes et des instructions judiciaires, ainsi qu’à l’expérience désagréable de passer de l’autre côté du miroir lorsqu’on est officier de police judiciaire.
Pour les militaires des autres armées, cet ouvrage devrait leur permettre de mieux comprendre la mission de police judiciaire de leurs camarades gendarmes. Sa lecture devrait surtout leur faire prendre conscience des responsabilités – y compris de nature pénale- qui pèsent sur leurs épaules lorsqu’ils sont en opérations extérieures (OPEX) et de l’impérieuse nécessité de rester dans des cadres juridiques bien définis en évitant de prendre des initiatives hasardeuses.
L’AFFAIRE DES IRLANDAIS DE VINCENNES – FAYARD – 28 euros TTC.

