Le point de vue du Président d’Euromil

[traduction en français ci-dessous]

The ratification of the Constitutional Treaty of the European Union is an important step in the process of developing Europe. Otherwise, the French Government would not have set up this referendum at all. In spite of the pressure that the French Government puts on the population to vote in favour of the Constitutional Treaty, I doubt whether the French Government really wishes to execute the Treaty also to its military personnel. Allow me to elaborate on that.

1. The French Constitution, in its preamble, allows all French citizens the right of association, to set up syndicates, etc. In this Constitution there is no room for exclusions. In the subordinate and recently revised (March 2005) « Statut Général des Militaires » however, French military personnel are excluded from the right to organise themselves in syndicates or professional associations with the aim of protecting their interests. According to Article 6 of this « Statut Général« , it is not in line with the rules of military discipline. Well, first of all the « Statut Général » is contradicting the French Constitution and secondly I cannot see what the rules of military discipline have to do with representation of social interests. The Social, Health and Family Affairs Committee of the Council of Europe wrote in 2002 that « human rights do not stop at the barrack gates » and that « member states should review their – often outdated – regulations on the members of the armed forces« . In spite of all this, the debate in French Parliament on reviewing the « Statut Général » in December last year did not change anything and even showed a rather patronizing attitude of both the Government and a majority of Parliament towards adult military personnel.

2. France has ratified the European Convention of Human Rights and Fundamental Freedoms in 1974 without making any reservation towards Article 11 that reads « everyone has the right to freedom of peaceful assembly and to freedom of association with others, including the right to form and to join trade unions for the protection of his interests. No restrictions shall be placed on the exercise of these rights other than such as are prescribed by law and are necessary in a democratic society in the interests of national security or public safety, for the prevention of disorder or crime, for the protection of health or morals or for the protection of the rights and freedoms of others. This article shall not prevent the imposition of lawful restrictions on the exercise of these rights by members of the armed forces, of the police or of the administration of the State« . As French military personnel are excluded from the right to organise themselves in syndicates or professional associations with the aim of protecting their interests, the « Statut Général » is not only contradicting with the French Constitution but also with an international Treaty as the said Convention.

3. From these two facts, I seriously doubt that the French Government will implement Part II (Charter of the Fundamental Rights of the European Union) of the constitutional Treaty of the European Union towards military personnel. Moreover, Article II-111 restricts the area of application towards the institutions of the European Union and to the member States when executing the Law of the European Union. Article II-112 paragraph 6 confirms this view and even paragraph 7 gives room for respecting national legislation and practices. Taking into account the recent history with respect to the « Statut Général« , I cannot have but negative expectations.


French military personnel are adults that know very well what to vote for in the forthcoming Referendum and they certainly do not need any advice from me. However, I appeal to French society, Parliament and Government to make it absolutely clear that the famous words from the French revolution are no hollow words. That freedom, brotherhood and equality are for all French people and that exclusion, discrimination if you like, is not allowed in France. That, under normal circumstances, military personnel are ‘ »citizens in uniform » enjoying the same civil liberties and fundamental freedoms as their civilian neighbours. That, at the very least, military personnel are allowed to set up their own professional associations, completely in line with both their own Constitution and International Treaties that France has ratified.

The often biased opinions that this would lead to chaos, a lack of discipline, increase of bureaucracy, endanger hierarchy and loyalty to the State, etc. within the military system are completely out of range and I challenge anyone to come up with substantial proof of this. The countries where military personnel can have representative associations or even trade unions have all regulated by Law that their representatives can only speak on terms of employment and the general lines of career possibilities. Issues as military operations, budget, discipline, hierarchy, etc. are out of bounds and contrary to the allegation of the French Minister of Defence in the parliamentary debate on the « Statut Général » on 14 December last year, these associations are highly effective and very appreciated by the respective Governments.

Our societies are changing, tasks of the armed forces are changing, the system of conscripts is being abolished and when the military do not follow suit, the risk of the military becoming an island in society is evident. It is time to change!

La ratification de la Constitution

La ratification du Traité constitutionnel de l’Union Européenne est un pas important dans le processus de développement de l’Europe. Le gouvernement français n’aurait pas proposé un référendum si cela n’était pas le cas. Malgré la pression émanant du gouvernement français auprès de la population afin que les Français votent en faveur du traité constitutionnel, je doute cependant que le gouvernement veuille réellement exécuter les clauses du traité en ce qui concerne les militaires. Permettez-moi d’en discuter ici.

1. La constitution française, dans son préambule, consacre le droit de créer une association, un syndicat, etc. pour tous les citoyens français. Il n’est pas d’exclusion possible. Cependant, le « statut général des militaires » (révisé en 2005) déroge à ce principe, les personnels militaires n’ayant pas le droit de s’organiser eux-mêmes en syndicats ou en associations professionnelles dans le but de protéger leurs intérêts. Selon l’article 6 de ce « statut général », ce n’est pas en adéquation avec la discipline militaire et ses règles. De fait, le « statut général » est en contradiction avec la Constitution française, et je ne vois pas ce que la discipline militaire et ses règles ont à voir avec la représentation des intérêts sociaux. La commission des questions sociales, de la santé, et de la famille du Conseil de l’Europe a écrit en 2002 que « les droits de l’homme ne doivent pas s’arrêter aux portes des casernes » et que « les Etats membres devraient réviser leurs règlements -souvent dépassés- en ce qui concerne les membres des forces armées. A la place de cela, le débat parlementaire en France sur la révision du « statut général » qui a eu lieu en décembre de l’année dernière n’a rien changé, et a même montré une attitude condescendante de la part du gouvernement et des membres de la majorité au Parlement envers les personnels militaires.

2. La France a ratifié la Convention Européenne des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales en 1974 sans émettre aucune réserve concernant l’article 11 qui stipule « Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, y compris le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts. L’exercice de ces droits ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. Le présent article n’interdit pas que des restrictions légitimes soient imposées à l’exercice de ces droits par les membres des forces armées, de la police ou de l’administration de l’Etat. » Du fait que les militaires n’ont pas le droit de s’organiser eux-mêmes en syndicats ou en associations professionnelles dans le but de protéger leurs intérêts, le « statut général » est non seulement contradictoire avec la Constitution Française, mais aussi un Traité International, en l’espèce ladite Convention.

3. Ainsi, considérant ces deux éléments, je doute sérieusement que le gouvernement français accorde aux militaires le bénéfice de la deuxième partie (la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne) du Traité Constitutionnel de l’Union Européenne. De plus, l’article II-11 restreint le champ d’application pour les institutions de l’Union Européenne et aux Etats Membres lorsqu’ils appliquent la Loi de l’Union Européenne. Le paragraphe 6 de l’article II-112 confirme ce point de vue et l’article 7 autorise le respect des pratiques nationales et la conservation des législations nationales. En prenant compte l’histoire récente concernant le « statut général », je n’ai guère d’espérance.

En conclusion

Le personnel militaire français se comporte en adulte et il saura quoi voter lors du prochain référendum, ils n’ont pas de conseil à recevoir de ma part. Cependant, j’appelle la société française, le Parlement et le gouvernement, à faire en sorte que les mots provenant de la Révolution française ne restent pas lettre morte, de telle sorte que la liberté, la fraternité et l’égalité soient applicables à l’ensemble du peuple français, et que l’exclusion, la discrimination si vous préférez, ne soit pas autorisée en France. De fait, dans les circonstances normales de la vie, les militaires sont des « civils en uniforme » qui profitent des mêmes libertés civiles et fondamentales que leurs voisins civils. De fait, à tout le moins, les militaires devraient être autorisés à fonder leurs propres associations professionnelles, dans la droite ligne de leur propre Constitution et des Traités Internationaux que la France a ratifiés.

Les opinions souvent biaisées laissant croire que cela pourrait conduire au chaos, au manque de discipline, à l’augmentation de la bureaucratie, à mettre en danger la loyauté et la hiérarchie due à l’administration, etc. à l’intérieur du système militaire, sont complètement hors de propos et je mets au défi quiconque de donner une preuve substantielle du contraire. Les pays où les militaires peuvent créer des associations représentatives, ou même des syndicats, sont tous réglementés par la Loi, qui autorise les représentants à discuter d’emploi et de lignes générales quant aux possibilités de carrières. Les questions comme les opérations militaires, le budget, la discipline, la hiérarchie, etc. sont en dehors de leurs champs de compétences, contrairement aux allégations du ministre français de la défense lors du débat parlementaire sur le « statut général » du 14 décembre dernier, et ces associations sont très efficaces et très appréciées des gouvernements respectifs.

Nos sociétés changent, les taches dévolues aux forces armées changent aussi, la conscription a été abolie, et lorsque les militaires ne suivent pas les changements, le risque que représentent les militaires, s’ils sont isolés, est manifeste. C’est l’heure du changement !

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