Le procès du capitaine X. fixé au 25 novembre

Après des années de batailles judiciaires, le capitaine X., ex-commandant de la compagnie de gendarmerie de Y.., va prochainement comparaître devant le tribunal correctionnel. Mis en examen pour homicide involontaire, son procès a été fixé au 25 novembre prochain. Reste à savoir si toute la lumière sera faite sur l’accident mortel dans lequel est impliqué le militaire.

Soutenue par Saïd Larifou, son avocat, Marie Lauretta Dequelson n’a jamais voulu s’avouer vaincue.D’autres à sa place auraient depuis longtemps jeté l’éponge. Mais pas elle. Après six ans d’obstination, cette Saint-Pierroise est aujourd’hui en passe de remporter son combat. Un combat acharné, mené au nom de la vérité, parce que destiné à faire toute la lumière sur les circonstances de l’accident qui, en décembre 1998, a provoqué la mort de Joseph Lamoly, l’homme qui partageait sa vie…

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PARTI ACHETER DES SAMOUSSAS

Que s’est-il passé précisément ? En soi, l’histoire peut paraître banale, comme l’explique Marie Lauretta Dequelson dans la plainte qu’elle avait adressée, en 2000, au doyen des juges d’instruction de Y..: « Le 5 décembre 1998, vers 18 heures, alors que nous étions chez des amis à Terre-Sainte, mon concubin a emprunté mon véhicule pour aller acheter des samoussas sur le front de mer de Y…. Peu de temps après, nous avons été informés qu’un accident de la circulation était survenu et que mon concubin y était gravement impliqué. » Terrible conséquence d’un drame ordinaire… Alors qu’il s’engage sur le boulevard Hubert-Delisle au volant de sa petite 106, Joseph Lamoly est violemment percuté par une Peugeot 505. Victime d’un grave traumatisme crânien et abdominal, le malheureux décédera quelques minutes après son transfert à l’hôpital.
Une question, toute simple, se pose alors : qui conduisait la Peugeot 505 ? C’est là que les choses se compliquent. Pourtant, les policiers qui sont intervenus sur place ont bel et bien identifié le conducteur : il s’agit en fait d’une femme, une certaine  X., qui n’est autre que l’épouse du commandant de la brigade de gendarmerie de Y… Entendu le 19 mars 2003 par un juge d’instruction à Saint-Denis, le gardien de la paix Expédit Dijoux avait ainsi exposé les faits : « Lorsque je suis intervenu sur les lieux de l’accident, j’ai posé la question à haute voix pour savoir qui conduisait le véhicule 505. Une femme, que j’identifie encore aujourd’hui comme étant Mme X., a dit : c’est moi. Elle avait d’ailleurs les papiers du véhicule à la main et elle est venue avec moi jusqu’au fourgon (…). A aucun moment elle n’a démenti qu’elle était la conductrice. J’ai sorti l’alcootest en sa présence mais j’ai constaté qu’il était périmé. Normalement, dans ce cas-là, nous emmenons la personne au commissariat pour la faire souffler dans l’éthylotest. Nous ne l’avons pas fait parce que, lorsque nous étions dans le fourgon, nous avons vu arriver un major (…) qui nous a dit qu’il s’agissait de la femme du capitaine de gendarmerie, qu’ils étaient attendus chez le général à Saint-Denis, qu’ils étaient déjà en retard et qu’il fallait qu’ils partent. Il a dit à Mme X. : on y va. Elle est partie et cette personne a dit : demain, on verra. »
Le policier saint-pierrois le reconnaît lui-même : la procédure normalement appliquée dans le cadre d’un accident de la route, qui plus est mortel, a ce jour-là été sérieusement malmenée. Mais au-delà du fait que la conductrice supposée n’a pas subi de test d’alcoolémie, un doute persiste : Mme X. était-elle réellement au volant de la Peugeot 505 ? Car à bord du véhicule se trouvait une autre personne : son mari, le capitaine X.

« CET HOMME SENTAIT L’ALCOOL »

Or, dès le lendemain, lors de son audition au commissariat, celui-ci va spontanément se présenter comme le conducteur du véhicule au moment de l’accident. Dès lors, pourquoi ne s’est-il pas manifesté la veille auprès des policiers ? Une possible explication viendra de Mickaël Hector, un autre gardien de la paix présent lors de l’intervention. Le 19 mars 2003, celui-ci déclare à un juge d’instruction : « Cet homme sentait l’alcool. »
Est-ce parce qu’il avait trop bu que le capitaine X. a demandé à sa femme de se faire passer pour la conductrice ? Peut-être. Pour en avoir le coeur net, une enquête est ordonnée. Mais celle-ci va traîner en longueur, malgré les deux plaintes déposées par Marie Lauretta Dequelson, en tant que concubine de la victime. La justice ayant ses raisons que la raison ignore, il faudra attendre le 18 mai 2000 pour que le capitaine X. soit finalement mis en examen pour homicide involontaire et obstacle à la manifestation de la vérité.
Moins de deux mois plus tard, l’intéressé est muté en métropole. Sans doute un hasard. Quoi qu’il en soit, l’instruction va à son tour prendre son temps. A tel point que maître Saïd Larifou doit se résoudre, en janvier 2002, à saisir la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Saint-Denis pour qu’une confrontation générale soit enfin ordonnée.
L’an dernier, on apprenait que l’instruction était enfin bouclée. ça n’est toutefois que ces derniers jours que la date du procès du capitaine X. a enfin été fixée : c’est donc le 25 novembre prochain que le gendarme, depuis promu chef d’escadron, devra comparaître devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire. Près de six ans après le tragique décès de son concubin, Marie Lauretta Dequelson espère enfin connaître la vérité. Pour l’heure, une seule certitude : l’expertise technique effectuée peu après l’accident avait établi que la 505 roulait à une vitesse de 75 km/h au lieu des 50 km/h autorisés.
Un délit qui, sur le papier, pourrait coûter cher au capitaine X…

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