Mercenariat, la France discute, la Suisse agit (Jean Guisnel; Lepoint.fr)

En toute transparence, le gouvernement suisse vient de finaliser avec la collaboration de plusieurs ONG, dont le Comité international de la Croix-Rouge et le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées (CDAF) de Genève, un « code de conduite international pour les fournisseurs de services de sécurité privée« . Sous l’égide du ministère des Affaires étrangères de la Confédération suisse, l’ambassadeur Claude Wild rappelle, dans un courrier en date du 8 octobre, que ce code de conduite a été mis au point en collaboration avec les gouvernements américain et britannique, ces derniers étant les seuls cités. Une cérémonie officielle aura lieu le 9 novembre prochain, à Genève, au cours de laquelle toutes les parties qui le souhaitent (industrie, gouvernements, ONG, etc.) seront invitées à signer le texte.

Cette publication achève une première étape entamée en 2008 par la mise au point du « document de Montreux » et ne sera pas sans incidence sur le débat français concernant les sociétés militaires privées. Rappelons-le, la France a engagé depuis plusieurs mois une réflexion secrète sur l’éventualité de changer la loi de 2003 sur le mercenariat. Elle a déjà pris la décision d’externaliser de nombreuses fonctions jusqu’alors dévolues à ses forces armées, comme la formation initiale des pilotes d’hélicoptères attribuée à la société Helidax, structure de droit privé détenue par l’État. Une société de sécurité privée, Vitruve, cherche actuellement à se faire attribuer le marché de la formation des parachutistes, ce qui reviendrait à privatiser l’ETAP (École des troupes aéroportées).

Le mythe de Bob Denard

Si les Français cherchent leur voie, c’est qu’ils ne savent pas trop comment appréhender une évolution engagée depuis longtemps aux États-Unis et en Grande-Bretagne, pour ne citer que ces deux pays. Dans ces pays, des entreprises privées se sont vu accorder un droit qui ne demeure détenu en France que par l’État : celui de porter des armes pour assurer des missions de sécurité.

Pour Jean-Jacques Roche, professeur à l’université Paris II, directeur de l’Isad (Institut supérieur de l’armement et de la défense) et récent directeur d’un ouvrage collectif sur le sujet (1), toute l’ambiguïté vient de la confusion introduite par les mercenaires et le mythe de Bob Denard : « Le mercenaire utilise ses armes de manière offensive, pour perpétrer un coup d’État ou fomenter une sécession. La société militaire privée va les utiliser de manière défensive pour protéger un camp de réfugiés ou une installation économique. Le problème en droit international, c’est lorsqu’une installation économique devient un objectif militaire. La protéger devient alors un acte de guerre. Son garde armé devient donc peu ou prou mercenaire, en tout cas aux yeux de celui qui l’attaque. »

Des groupes de travail confidentiels

La nouveauté avec le code de conduite promu par les Suisses, c’est…

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