Pour la première fois, des journalistes ont été condamnés pour atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Un arrêt dangereux.
La peine est légère, mais la condamnation insupportable. Pour avoir regardé sous les jupes du renseignement, Christophe Labbé et Olivia Recasens, journalistes auPoint, et Didier Hassoux, plumier du Canard enchaîné, ont été condamnés en septembre dernier par la cour d’appel de Paris à une amende de 3 000 euros avec sursis. Leur tort ? Avoir porté atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation en révélant l’identité réelle d’un agent secret. Une infraction introduite dans notre Code pénal en 2011 et qui n’avait, jusque-là, jamais été utilisée contre des journalistes. À l’origine du litige, un livre, L’Espion du président, paru aux éditions Robert Laffont en 2012. L’ouvrage, en grande partie consacré à Bernard Squarcini, le patron de la toute puissante Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, aujourd’hui devenue DGSI), lève le voile sur les très nombreux dysfonctionnements des services de renseignements français. Il avait fortement déplu en haut lieu.
Les trois journalistes y décrivent avec précision une « police politique » au service de Nicolas Sarkozy et de ses proches qui se serait parfois détournée de ses missions officielles pour se consacrer à des tâches beaucoup moins avouables… « Nous avons diffusé des noms car c’était légitime. Ces agents incarnaient des dérives que nous voulions dénoncer », s’était ainsi défendue en première instance Olivia Recasens, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Des cinq agents « outés » par les auteurs et qui ont porté plainte, seul un a obtenu gain de cause devant la cour d’appel, les juges estimant que les noms des quatre autres avaient déjà été publiés au journal officiel. Un certain P-A T., commissaire à la DCRI, avait ainsi eu la surprise de voir son entier patronyme publié dans l’ouvrage. En cause : les liens qui l’unissaient à son très cher frère, soupçonné par la police d’être l’un des parrains les plus influents de la mouvance corse en Afrique… Rien que cela ! Selon des enquêteurs travaillant sur le crime organisé, P-A T. aurait même reçu plusieurs dizaines de milliers d’euros en liquide de la part de son frère. Un mélange des genres des plus fâcheux.
Une protection absolue ?
Pour leur défense, les journalistes ont affirmé que…
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