Un rapport au vitriol sur l’embuscade

Des officiers de renseignement mettent Sarkozy et l’état-major devant leurs responsabilités.

TOUTES les informations obtenues, ces jours derniers, grâce aux confidences recueillies auprès des parents des soldats morts ou des blessés rapatriés en France confirment ce que « Le Canard » a écrit, le 27 août : « Faits prisonniers, quatre soldats français (et peut-être plus) capturés par les insurgés » ont été achevés par eux. Et les démentis apportés à nos articles par l’état-major et par le ministre de la Défense ne pourront rien changer à cette sinistre réalité. Pour des raisons que chacun devrait comprendre, il n’est pas question de livrer ici certains détails sordides.

Autre confirmation de l’ « échec militaire » enregistré lors de cette embuscade, un document dont « Le Canard publie quelques extraits. Le 20 août, à Kaboul, alors que les combats se sont terminés la veille, à 18 heures, la « Frenic » (French National Intelligence Cell), une cellule de renseignement français, rédige un rapport de huit feuillets aussitôt adressé à Paris. Destinataires : la Direction du renseignement militaire et l’état-major des armées.

Rattachés à l’Otan, mais sans être subordonnés au commandement allié, ces officiers transmettent ainsi à leurs chefs un premier récit de l’engagement français, et ils y ajoutent une série de commentaires particulièrement critiques. C’est dire si paraissent aujourd’hui dérisoires, à la lecture de ce document, les réactions de l’état-major, du ministre de la Défense Hervé Morin et de quelques généraux furieux après la parution du « Canard », la semaine dernière.

Dans leur rapport, les officiers de la Frenic notent que les « fantassins » qui montent à pied vers le col, loin des blindés légers qui les ont conduits jusque-là, « sont ralentis par la poussière (…) et par la lourdeur de leurs gilets pare-balles ». Puis, quand « le piège s’est refermé » et que les tirs commencent, ils soulignent avec quel retard sont parvenus des renforts en combattants (une heure), en mortiers de 81 (une heure et  demie) et en munitions (deux heures quarante).Encerclés au moment où ils parviennent près du col, les soldats français sont vite à court de munitions. Les insurgés, eux, semblent bénéficier d’énormes réserves de munitions ». Ils seront d’ailleurs rejoints par un autre groupe de talibans pendant l’affrontement, mais le rapport ne le mentionne pas.

Alors que les combats faisaient rage depuis 15h30, arrivent des avions de l’Otan (F-15, AC-130, A-10, drones Predator, etc.) guidés par des « soldats américains au sol » (qui ne participent pas aux combats). Mais, les « insurgés et les forces alliées étant trop imbriqués », les bombardements sont très difficiles, voire impossibles.

Pendant la nuit, « les recherches pour retrouver les disparus se poursuivent jusque tard (…). Les hommes peinent (…). L’ensemble des corps ne sera retrouvé qu’au matin ».Et, au lever du jour, « les talibans attaquent à nouveau au mortier les unités françaises ». Mais cela n’empêchera pas l’ineffable ministre de la Défense, Hervé Morin, de déclarer à l’Assemblée : « je conteste le mot de guerre en Afghanistan. »

Selon d’autres informations parvenues à Paris, un AC-130 américain « Gunship », bourré de canons (1200 coups à la minute), a arrosé un village voisin des combats, sur lequel auraient été aussi tirés des missiles Milan français. Et si, lors de son interminable conférence de presse (90 minutes), le général « quatre étoiles » Benoît Puga a cru possible d’affirmer que les talibans avaient reçu une « sacrée raclée » (sic), il a curieusement parlé de 40 puis de 80 tués. Or les militaires français ont trouvé sur place un seul cadavre. Preuve que des villageois ou des talibans ont emporté nombre d’autres corps.

A déguster lentement, ce dernier commentaire à la fin du rapport des officiers français de renseignement : « La population locale appelle « les pots de chambre » les autorités (afghanes) mises en place par les Occidentaux… » Et de conclure à l’intention des politiques et des membres de l’état-major des armées : « Avons-nous vocation à être des cibles au service des « pots de chambre » ? »

Bonne question…

                                                                                                      Claude Angeli

Source : Le Canard enchaîné du 3 septembre 2008 n° 4584

Quelques extraits de la chronologie.

CHRONOLOGIE DES COMBATS (durée  = plus de 26 heures du 18 août 15h30 au 19 août 18h)

  • 15h55: l’ordre est donné d’envoyer en renfort une section de réaction rapide.
  • 15h55, trois minutes plus tard, la base opérationnelle avancée de Tora, à Surobi, fait partir la section de réaction rapide (Elle arrivera sur la zone une heure plus tard, avant 17 heures)
  • 17h50, deux hélicoptères américains d’évacuation médicale (MEDEVAC) arrivent sur la zone pour évacuer les blessés, mais ne peuvent se poser. Les tirs trop nourris les empêchant d’atterrir. Toute la zone étant à feu et à sang. Ils rebroussent chemin.
  • 18h40: les Caracal renforcent l’équipe médicale, et commencent à déposer des munitions. Ils en apporteront plus de deux tonnes au cours de la bataille.

Quelques exemples des commentaires

INTERROGATIONS

2.) Durant l’action, où étaient la (ou les) armes collectives en soutien de la reco et les appuis pour fixer l’ennemi ? ( on ne parle que de fantassins avec des armes individuelles (ex,Famas). Mais surtout dans ce contexte précis de convois et d’action d’une force internationale et d’engagement d’une section reco, où se trouvaient les sections de l’ANA et les forces spéciales américaines ?

4.) Pourquoi le timing des engagements de riposte a-t-il été aussi mal géré avec si peu de matériel mis à disposition ?

6.) Est-il normal que des professionnels s’engagent dans une opération de reconnaissance en profondeur de plusieurs jours (qui plus est en convoi) soit à cours de munition dès le 1er accrochage ?

Est-il pensable qu’une opération de reco aussi importante (une centaine d’hommes en 2 sections françaises et 2 de l’armée nationale Afghane) ne soit pas dotée de moyens d’appui collectifs ?

Comment peut-on laisser se monter de telles opérations sur ce terrain sans un minimum d’observation et de surveillance en avant des unités en progression ?

Lire :

La version officielle démentie officiellement

Il n’est pire sourd

  

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